Sélections à la fac et réforme du bac

160 000 : c’est le nombre de bacheliers qui, à ce jour, n’ont pas de place à l’université à la rentrée prochaine. Et pourtant, le Baccalauréat est le premier grade universitaire : il ouvre donc automatiquement droit à des études dans l’enseignement supérieur. Le scandale de ces milliers de bacheliers privés du droit de poursuivre leurs études résulte de la mise en œuvre de la circulaire ministérielle du 24 avril 2017. Cette circulaire impose des conditions d’accès définies en fonction des « capacités d’accueil » laissées à l’appréciation de chaque établissement. Pour départager les bacheliers qui seraient trop nombreux au regard de ses « capacités d’accueil », elle autorise le tirage au sort. Cette année 517 licences n’ont pu accueillir tous les candidats qui les avaient demandées. 169 licences ont eu recours au tirage au sort (contre 78 en 2016) !

Une situation honteuse qui découle directement des coupes effectuées dans les budgets par tous les gouvernements successifs. 40 000 bacheliers supplémentaires par rapport à 2016 devraient entrer à l’université. Le gouvernement précédent, au lieu d’augmenter les budgets, de créer des postes d’enseignants, des places en Fac, ce qui est urgent, a choisi de mettre en place la sélection.

La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche F. Vidal vient de déclarer son intention de mettre fin au « tirage au sort » en 2018.

Mais si elle annonce vouloir trouver une solution pour les 160 000 bacheliers privés à ce stade de place à l’université, elle ne garantit en rien qu’ils pourront intégrer la formation qu’ils avaient choisie et surtout elle ne renonce pas à mettre en œuvre la sélection. Au contraire : elle entend même la tester pour ensuite la généraliser.

Pour cela, la ministre de l’enseignement supérieur compte mettre en place des « pré-requis » à l’entrée à l’université. Cette solution qui faisait partie des propositions du candidat Macron est revendiquée par la conférence des présidents d’université et par le syndicat UNSA des chefs d’établissement qui vient de déclarer « le bac actuel ne sert à rien » et qui demande qu’à l’entrée dans l’enseignement supérieur, des épreuves soient organisées par chaque université pour vérifier les « pré requis ». En clair, les lycéens passeraient le bac, mais celui-ci cesserait d’être le premier grade universitaire. Le fait d’avoir le bac ne garantirait plus rien : chaque université sélectionnerait ensuite ses étudiants, retiendrait ou pas tel ou tel bachelier, en fonction des critères qu’elle aurait elle même établis dans le cadre de son autonomie. Une situation qui ouvre directement la voie à la mise en concurrence des universités pour s’accaparer les meilleurs étudiants, exclure les autres et définir les formations en fonction des besoins locaux des entreprises.

Dès la rentrée prochaine, la ministre veut encourager l’expérimentation au niveau local de cette sélection qui est rejetée par l’UNEF, la FSU, la CGT et FO.

Ce n’est pas un hasard : au même moment, le ministre de l’Éducation Nationale, J. M. Blanquer annonce son intention de réformer le Bac. En réalité, il veut en finir avec ce qui fait la nature même du baccalauréat. Celui-ci est à la fois un diplôme de fin d’études secondaires de même valeur pour tous les bacheliers sur tout le territoire national, et c’est le premier grade universitaire. Pour mettre en place la sélection à l’université voulue par Macron et par tous ceux qui veulent privatiser l’enseignement supérieur, il faut mettre fin au caractère national du Baccalauréat.

Pour cela, Blanquer veut que dans chaque série du Bac, toutes les disciplines, sauf quatre, soient évaluées sur la base du contrôle continu. Les épreuves nationales, terminales et anonymes qui garantissent l’égalité de traitement entre tous les candidats seraient pour la plupart remplacées par les contrôles en cours de scolarité. Au diplôme national, de valeur égale pour tous ceux qui en sont détenteurs, seraient substituées des évaluations de valeur différente selon l’établissement où l’élève aura suivi sa scolarité. Des « parcours », des « livrets » individuels, différents d’un élève à l’autre, dans la logique des « livrets de compétences » déjà mis en place au primaire et au collège viendraient prendre la place du diplôme national. Chaque université disposera ainsi de l’outil pour sélectionner ses futurs étudiants.

La mise en place de « pré requis » à l’entrée à l’université, la destruction du Bac comme premier grade universitaire et la destruction du code du travail à grands coups d’ordonnances forment un tout. Les qualifications nationales, sont inséparables des conventions collectives via les classifications, et des statuts dans la fonction publique, c’est à dire de tout ce que Macron veut pulvériser. Le programme de Macron répondant aux exigences du Capital, c’est « Uber » pour tous les salariés : une régression de plus de 100 ans en arrière, le retour au « contrat de louage ». Pour des milliers de jeunes, ce programme signifie être privé du droit à suivre des études.

C’est parce qu’ils refusent ce programme réactionnaire synonyme de surexploitation et de précarité, qu’après les 7 millions de voix pour Mélenchon aux présidentielles, 16 millions ont refusé de voter Macron au second tour, que des dizaines de millions et 75% des jeunes se sont abstenus aux législatives.

L’existence des diplômes nationaux, la possibilité pour des millions de jeunes de suivre des études supérieures, sont des conquêtes de la classe ouvrière. C’est un produit de sa lutte de classe, et une cible permanente de la réaction. En 1967, Fouchet, ministre de l’Éducation Nationale de De Gaulle avait dans ses cartons un projet identique dans son contenu et sa finalité à celui que Blanquer veut mettre en oeuvre. C’était un des projets réactionnaires du gouvernement De Gaulle – Pompidou, et c’est la grève générale de 1968 qui a contraint le pouvoir à y renoncer. En 2003, Fillon, ministre de l’éducation nationale, voulait remplacer les épreuves du Baccalauréat par le contrôle continu. La mobilisation des lycéens l’a obligé à abandonner son projet.

Le combat contre la sélection à l’université, pour le maintien du Baccalauréat et des diplômes nationaux est partie intégrante du combat pour la défense des conquêtes sociales, des « acquis de 1936 et 1945 ». Les jeunes sont directement concernés. C’est aussi l’affaire de tous les salariés et en tout premier lieu des enseignants qui défendent là à la fois une école qui instruit, débouchant sur des qualifications nationales, et aussi leurs statuts.

Les justifications scandaleuses de la Ministre de l’enseignement supérieur :

Parmi les arguments avancés par la ministre pour justifier la sélection à l’université : celui selon lequel le Bac ne garantit plus le même niveau de connaissances qu’autrefois. Il fallait oser ! Les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de supprimer des postes d’enseignants, de supprimer « à la pelle » des heures de cours à l’école, au collège et au lycée. Pour ne citer que cet exemple : un bachelier d’une filière scientifique en 2017 a reçu 30% d’heures d’enseignement de mathématiques de moins qu’il y a 20 ans.

Et, alors qu’en ce moment même, l’actuel gouvernement gèle des postes à l’université pour la rentrée prochaine, les jeunes devraient payer pour cette politique dont ils sont les premières victimes en subissant la sélection, en étant exposés au risque d’être exclus du droit à suivre des études supérieures…

Le refus de la sélection et du tirage au sort, le respect du droit de chaque bachelier à s’inscrire dans la formation de son choix, la création immédiate des postes d’enseignants nécessaires sont les revendications urgentes qui unissent les enseignants et les étudiants.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :